Fin septembre et début octobre, de fortes pluies sont tombées sur une partie du pourtour méditerranéen. Ailleurs, l’automne reste sec. Au 1er octobre, dernier point publié par le BRGM, deux tiers des points de suivi des nappes étaient sous leur normale mensuelle. Pour une collectivité, un syndicat d’eau ou un hébergeur qui prépare sa prochaine saison, une averse peut donner envie de réviser ses hypothèses. Deux questions aident à faire la part des choses.
Chiffres clés (BRGM, situation au 1er octobre 2026)
- 66 % des points de suivi sous leur normale mensuelle (31 % un an plus tôt)
- 81 % des niveaux encore en baisse
- 7 % des points où la recharge a commencé
Normale : niveau moyen du mois sur la période de référence 1981-2010 (plus courte pour les points de suivi plus récents).
Où en est la ressource ?
Selon le BRGM, la situation au 1er octobre s’explique par un déficit de pluie efficace (celle qui recharge les nappes, voir plus bas) en septembre, après un déficit qui dure depuis mai et des températures élevées depuis juin. Les niveaux sont très bas dans plusieurs secteurs : socle limousin, Morvan, Livradois, Forez, Vivarais, craie de Champagne, calcaires du Jura, grès vosgiens, calcaires triasiques de Lorraine et plaine nord d’Alsace. Le BRGM prévoit une recharge retardée sur la plupart des nappes, au moins pour octobre, car la végétation et les usages ont encore besoin d’eau.
L’eau potable est directement concernée. Dans l’Hexagone, deux tiers de l’eau potable prélevée viennent des eaux souterraines (SDES, 2023). Fin septembre, environ 94 000 personnes dépendaient de mesures d’urgence pour leur approvisionnement (bouteilles, citernes), soit 30 000 de plus qu’au début du mois, selon le ministère de la Transition écologique. Les communes touchées sont souvent de très petite taille.
Les territoires alimentés par des eaux de surface ne sont pas épargnés. Dans le pays de Brest, le lac du Drennec, qui alimente l’usine de Pont-ar-Bled (310 000 habitants), était rempli à 32 % le 8 octobre, après un été (juin à août) avec 60 % de pluie en moins que la normale. Mi-octobre, il restait autour de 33 %, sans remontée notable. Dans le Gers, fin octobre, l’ensemble des cours d’eau reste en niveau de crise selon la préfecture : dans ces zones, l’irrigation est interdite, sauf dérogations. Pour l’eau potable, la zone Neste est en crise et la zone Adour en alerte renforcée.
Nappe, retenue ou rivière, la question reste la même : la pluie qui tombe reconstitue-t-elle la ressource dont dépend le territoire ?
Question 1 : cette pluie a-t-elle rechargé la ressource qui alimente mon territoire ?
Une partie de la pluie s’évapore, une autre est consommée par la végétation, une autre ruisselle. Seule la « pluie efficace » recharge les nappes : l’eau qui s’infiltre en profondeur. Avant d’atteindre la nappe, cette eau doit d’abord reconstituer la réserve du sol, très entamée après un été sec. La recharge ne commence qu’une fois ce déficit comblé. Cela vaut surtout pour les nappes libres, dont la première sous la surface est appelée « nappe phréatique ». Les nappes captives, prises entre deux couches imperméables, ne sont presque pas rechargées directement par la pluie.
Yves Tramblay, directeur de recherche en hydrologie, le rappelait récemment : on entend souvent qu’un sol sec fait ruisseler la pluie, mais c’est une simplification. Chaque sol a une capacité d’infiltration, qui dépend de sa texture, de sa structure, de sa porosité, de sa couverture végétale et de son humidité. Lors d’un orage, la pluie peut tomber pendant quelques minutes plus vite que le sol ne peut l’absorber. L’eau s’accumule alors en surface et ruisselle, sur un sol sec comme sur un sol humide, et même si le sol a encore de la place pour la stocker. Pour un épisode méditerranéen comme ceux de début octobre (200 à 300 mm), le cumul ne suffit donc pas à prévoir ce qui rejoindra la ressource : la répartition de la pluie dans le temps et ses pointes d’intensité comptent autant.
Les écarts entre sols sont importants : un sol sableux peut absorber plus de 100 mm d’eau par heure, un sol argileux moins de 1 mm (Rawls, Brakensiek et Miller, 1983).
La réponse dépend aussi du type de nappe. Le BRGM distingue deux comportements.
- Nappes réactives (sables, alluvions, calcaires karstiques, socle altéré) : elles remontent vite après des pluies soutenues, mais peuvent redescendre tout aussi vite. Une hausse depuis un niveau très bas n’est pas un retour à la normale.
- Nappes inertielles (craie, calcaires non karstiques, grès) : elles réagissent lentement, sur plusieurs mois ou plusieurs années. Le BRGM s’attend à ce qu’elles continuent de baisser jusqu’à la fin de l’automne.
Au 1er octobre, quelques nappes réactives avaient amorcé une recharge, notamment en Sologne, dans le Sancerrois, dans la plaine nord d’Alsace et dans les sables astiens de Valras-Agde, dans l’Hérault. Ailleurs, presque toutes baissaient encore.
Avant de réviser une hypothèse de disponibilité, trois vérifications simples :
- Identifier la ressource qui alimente réellement le territoire ou l’établissement : quelle nappe, quelle retenue, quel cours d’eau.
- Suivre son niveau par rapport à la normale du mois, pas par rapport à la semaine précédente (bulletins du BRGM et des DREAL, données piézométriques publiques).
- Attendre que la tendance se confirme sur plusieurs mois de recharge, surtout pour une nappe inertielle.
Question 2 : sur quels scénarios de demande repose mon hypothèse ?
La disponibilité n’est qu’une moitié du diagnostic. L’autre est la demande, et elle aussi se construit sur des hypothèses. Une étude prospective réalisée pour la DRIAAF Île-de-France sur le bassin Seine-Normandie (SCE-Auxilia, avril 2026) le montre bien. Elle compare trois scénarios d’évolution de l’agriculture et de ses besoins en eau entre 2020 et 2050.
| Scénario | Besoins en eau agricoles, 2020-2050 |
|---|---|
| Transition | +13 % |
| L’écart vert | +51 % |
| Intensification et optimisation | +67 % |
Les besoins augmentent dans les trois cas, mais l’écart entre les bornes est considérable. Ce sont des scénarios, construits pour être discutés, et non des prévisions. L’étude rappelle aussi un ordre de grandeur : l’agriculture prélève entre 90 et 240 millions de m³ par an selon les années, sur environ 3 milliards de m³ prélevés dans le bassin. La tension est surtout locale, dans les secteurs où l’équilibre est déjà fragile.
L’enseignement le plus utile vient des ateliers territoriaux de l’étude : aucun scénario n’y a fait consensus. Trois priorités en sont ressorties : piloter la ressource avec des indicateurs simples et partagés (disponibilité, volumes prélevables par usage), agir sur les sols, et construire des modèles économiques durables.
La même logique vaut à l’échelle d’un établissement. Un hébergeur qui prépare 2027 fait, lui aussi, des hypothèses : taux de remplissage, allongement de la saison, piscine, espaces verts. Les confronter à une année où la ressource est basse permet de savoir lesquelles tiennent.
À retenir
- Une pluie ponctuelle ne dit rien d’une amélioration durable de la ressource : seule la pluie efficace recharge les nappes, et seulement une fois la réserve du sol reconstituée.
- Le ruissellement ne s’explique pas seulement par la sécheresse des sols : l’intensité de la pluie, comparée à la capacité d’infiltration du sol, compte autant que le cumul.
- Le type de nappe compte : une nappe réactive peut remonter vite et redescendre aussi vite, une nappe inertielle met des mois à réagir.
- Côté demande, comparer plusieurs scénarios explicites vaut mieux qu’une projection unique.
- Un diagnostic partagé, avec les mêmes indicateurs pour tous les usages, précède le choix des solutions.
Mettre les leviers en commun
Ces deux questions mènent au même endroit. Cultures, sols, irrigation, débouchés économiques, eau potable, tourisme et volumes disponibles se discutent ensemble, et non levier par levier. C’est ce qui permet à chacun de réviser ses hypothèses au bon moment, sur des données comparables.
Sur votre territoire, quels indicateurs suivez-vous avant de revoir vos hypothèses de disponibilité ? Écrivez-nous à bonjour@watnowa.com.
Sources
- BRGM, Nappes d’eau souterraine au 1er octobre 2026
- Ministère de la Transition écologique, chiffrage de fin septembre 2026 (dépêche AFP du 7 octobre 2026)
- SDES, origine de l’eau potable prélevée, 2023
- Rawls W. J., Brakensiek D. L., Miller N. (1983), Green-Ampt infiltration parameters from soils data, Journal of Hydraulic Engineering, 109(1), 62-70
- Yves Tramblay, « Pluies intenses : quand la pluie dépasse la capacité d’infiltration des sols », LinkedIn, octobre 2026
- L’Info durable, « Alerte écarlate » sur la ressource en eau dans le pays de Brest, 8 octobre 2026
- Brest Métropole, actualité sur le manque d’eau et le niveau du lac du Drennec, octobre 2026
- La Dépêche, « La rivière la Save bascule en niveau de crise : la préfecture du Gers durcit les restrictions d’eau », 12 octobre 2026
- Le Journal Toulousain, « Sécheresse dans le Gers : la préfecture durcit le ton alors que les réserves s’épuisent », 30 septembre 2026
- Le Journal du Gers, « Sécheresse : les contrôles se poursuivent sur le terrain », 24 octobre 2026
- 20 Minutes, « Gers : 646 contrôles réalisés pour faire respecter les restrictions d’eau, 19 procédures engagées », 26 octobre 2026
- SCE-Auxilia pour la DRIAAF Île-de-France, Scénarios d’évolution de l’agriculture et de ses besoins en eau à l’horizon 2050 dans le bassin Seine-Normandie, avril 2026
Relecture par Imen El Ghoul, docteure ingénieure en hydrologie, consultante du réseau Watnowa.
Article rédigé avec l’assistance de l’IA à partir de la veille de Nathalie Agbagla, puis revu et validé par elle.
